Category: Livres,Romans et littérature,Littérature russe

Mes treize oncles : Légendes pour un album de photographies Details

Vladislav Olegovitch Otrochenko. Un nom qui ne vient pas des grandes villes littéraires du Nord mais d'une capitale du Sud, réelle et mythique à la fois, celle des Cosaques du Don - chevauchées à travers les hautes herbes de la steppe, charges militaires furieuses, chants, danses et festins sous le ciel étoile... Otrochenko, un auteur cosaque ? Mieux encore. Se jouant des clichés, il nous livre une prose fastueuse, éperdument généreuse, solaire, mêlant la fable et le réel, peuplée de petites gens qui échappent à l'absurdité de leur siècle par la grâce d'une déraison magistrale, claquant comme bannière au vent. Mes treize oncles est une étrange saga où se croisent les treize fils du Cosaque Malakh, porteurs de vénérables prénoms et de gigantesques favoris marquant leur filiation, enfants d'une génitrice universelle, occupant une maison labyrinthique aux couloirs infinis. Les phrases s'allongent, s'enroulent et se prolongent telle une fratrie de mots galopant à la conquête d'un nouvel espace d'écriture. Vladislav Otrochenko est né en 1959 à Novotcherkassk. Après des études de journalisme à Moscou, il a voyagé et vécu en Italie. Il est l'auteur de récits et essais couronnés par plusieurs prix littéraires. Ce roman, déclaré «meilleur roman de l'année» par la prestigieuse revue Oktiabr et traduit en italien, est son premier texte à paraître en français.

Reviews

Au début du siècle dernier quelque part dans les vastes steppes du sud de la Russie vivait une extravagante famille de cosaques. Il y avait Sémion l'histrion mythomane, Porphyre l'apiculteur débonnaire, Sérafim le philosophe de pacotille, Yossif le "traître", Izmail le simplet, Pavel, Nikita, Miko et tous les autres frères, treize en tout paraît-il bien que je n'en ai compté que douze et qu'ils étaient surtout "innombrables". Il y avait aussi la douce Annouchka génitrice de cette ribambelle de farfelus dotés d'admirables favoris, signe distinctif de la fratrie, et le père de tous (enfin pour Sémion il y a un doute) Malakh dit l'immortel, présence fantomatique, tantôt parti guerroyer sabre au clair dans quelque lointaine contrée, tantôt reclus incognito pendant des années dans un cagibi reculé de son immense et invraisemblable domicile truffé de corridors et de pièces à n'en plus finir. Il y avait encore bien d'autres personnages tel Antipatros le grec, directeur de cirque, amant d'Annouchka et probable père de Sémion ou tel Kikiani le "luminoscribe" (comprendre le photographe) qui tente à intervalles réguliers de circonscrire un espace-temps là où l'espace et le temps se dilatent sans cesse, sinon à l'infini du moins dans l'improbable. "Légendes pour un album photographique" est d'ailleurs le sous-titre du livre.Vous aurez compris que nous sommes en pleine folie douce et qu'il nous faut nous aussi abandonner nos repères spatiaux-temporels pour plonger dans la fantaisie loufoque de ce roman original lequel reste cependant profondément russe. Quoi de plus russe en effet que le rêve du riche Porphyre aspirant à devenir mendiant avec un orgue de barbarie? Ou bien que ces "pitoyables", terme par lequel Annouchka désignait les pique-assiette qu'elle et ses fils nourrissaient de bonne grâce et qu'on croirait être des personnages secondaires évadés d'une pièce de Tchekov?Vladislav Otrochenko est un OVNI littéraire. Dés lors la critique a cherché des filiations et des proximités: logiquement Gogol est venu immédiatement à l'esprit. Ensuite des hypothèses hasardeuses ont été avancées: Proust pour la longueur des phrases, Borges pour le fantastique...Tout cela ne me semble pas très sérieux. Pour ma part en tenant compte des différences de contexte (mais après tout nous sommes ici et là dans le légendaire) j'ai retrouvé quelque chose du style et de l'imaginaire du Gabriel Garcia Marquez de "Cent ans de solitude" et de "L'automne du patriarche". Certes la comparaison est lourde à porter pour Otrochenko mais l'homme a du talent. Espérons de prochaines traductions.